• Serge Bléhoua

Après un mois de pandémie, les Italiens se réveillent eurosceptiques et prochinois

Pékin, qui avait déjà su convaincre le gouvernement Conte de signer un mémorandum sur les nouvelles Routes de la soie en 2019, a largement communiqué sur son aide médicale face au coronavirus.


Par Francesco Maselli pour l'Opinion


« La Chine est prête à être le gardien de l’ordre mondial et le réparateur de l’économie globalisée. » C’est en ces termes que s’est exprimé l’ambassadeur chinois en Italie, Li Junhua, dans un entretien au quotidien La Repubblica, mercredi dernier. Et cette stratégie passe par Rome et par la conquête de l’opinion publique italienne.

Après un mois de pandémie, l’Italie se réveille eurosceptique, moins attachée à l’allié américain et philo chinoise. L’Europe est la grande perdante de cette période, comme le montrent les chiffres de l’institut de sondages Eumetra, diffusés le 5 avril : 70 % des Italiens sont en effet convaincus que l’Europe n’aidera pas l’Italie parce que l’Allemagne veut «l'étrangler ».


Selon un autre sondage, publié par l’institut SWG, 27 % des Italiens ont une opinion positive de l’Union européenne, tandis que le 36 % pensent que l’Italie doit se rapprocher de la Chine. L’investissement de Pékin, qui a envoyé de l’aide et des médecins quand l’Europe était silencieuse, se révèle donc payant.

L’attitude chinoise a été très appréciée par Luigi Di Maio, connu pour sa position pro-Pékin et grand instigateur de la signature du mémorandum des nouvelles Routes de la soie par son pays. Le 25 mars, le ministre des Affaires étrangères a directement fait référence à ce texte pour revendiquer politiquement les aides de Pékin : « Ceux qui nous ont moqués pour l’accord sur les nouvelles Route de la soie doivent admettre que cette amitié avec la Chine nous a permis de sauver des vies. »


« L’amitié de Pékin n’est pas gratuite. L’ignorer est une erreur »


« Route de la soie sanitaire ». Alessia Amighini, directrice du programme Asie de l’Institut des études pour la politique internationale de Milan (ISPI), décrypte le comportement de Luigi Di Maio : « Il doit justifier son choix, très contesté à l’époque. Toutefois, son activisme est dangereux, car il donne une grande légitimité au récit de Pékin. Nous avons observé le soft power de la Chine dans les pays en développement, elle peut investir, aider l’économie, mais c'est pour toujours obtenir une contrepartie. L’amitié de Pékin n’est pas gratuite. L’ignorer est une erreur. »


Alessandro Aresu, analyste géopolitique et auteur des Puissances du capitalisme politique, Etats-Unis et Chine, est convaincu que l’Italie fait partie de la stratégie hégémonique de Pékin : « La Chine a envoyé ses médecins et son matériel au moment où sa narration changeait : il s’agissait de montrer que la maladie était vaincue chez elle, et qu’elle pouvait l’être à l’étranger grâce à son expertise. Le slogan “Route de la soie sanitaire” est significatif, il nous signale que la finalité de l’opération est géopolitique. »


Les Etats-Unis, toujours attentifs à ce qui se passe en Italie, sont préoccupés par la montée de l’influence chinoise. Pour eux, le pays a une importance stratégique majeure, comme le montre sa présence militaire dans la péninsule, où ils comptent six bases, dont Naples, qui accueille le commandement de la marine américaine en Europe et le quartier général de la sixième flotte.


L’offensive médiatique chinoise, qui intervient après avoir su convaincre l’Italie de signer le mémorandum sur les nouvelles Routes de la soie en 2019, a irrité Washington, qui a réagi en envoyant des aides et en prévoyant une stratégie pour systématiser les dons à l’Italie : « Les Etats-Unis ont perdu la bataille de la communication avec Pékin, car ils se sont activés en retard, poursuit Alessandro Aresu. Mais si on regarde la situation sur le moyen terme, les rapports entre Washington et Rome ne sont pas remis en question par la Chine. D’autant plus que les Etats-Unis restent la première puissance globale au niveau militaire et monétaire, et que l’Italie fait partie de leur zone d’influence. »


Source: L'opinion Photo: Sipa


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