• Robert Vincent

En Chine, la mise au point d’un vaccin protégeant les singes du Covid-19 suscite beaucoup d'espoir

Selon la prestigieuse revue Science, la société Sinovac Biotech, basée à Pékin, a créé un nouveau vaccin COVID-19 expérimental qui semble particulièrement prometteur.


Après l'avoir testé avec succès sur des macaques rhésus, elle va débuter des premiers essais cliniques sur des humains dès le mois d'avril.


Les résultats préliminaires de ces travaux suscitent de grands espoirs même si plusieurs réserves sont émises.


Covidaily vous fait découvrir l'article de Jon Cohen, paru dans Science, le 23 avril dernier






Sinovac Biotech a créé un nouveau vaccin COVID-19 en cultivant le nouveau coronavirus dans la lignée cellulaire VERO et en l'inactivant avec des produits chimiques. PHOTO XINHUA / ALAMY



Pour la première fois, l'un des nombreux vaccins du COVID-19 en cours de développement a permis d’obtenir la protection de macaques rhésus, contre l'infection par le nouveau coronavirus, rapportent des scientifiques.

Le vaccin de formule classique, consistant en une version chimiquement inactivée* du virus, n'a produit aucun effet secondaire évident chez les singes et les essais sur l'homme ont commencé le 16 avril.


(*Note de Covidaily: Les vaccins inactivés ou inertes sont des vaccins composés de microorganismes (virus, bactéries, autres) qui ont été tués par des processus physiques ou chimiques et qui ont ainsi perdu tout pouvoir infectant par procédé physico-chimique. Ils sont donc exempts de tout risque infectieux.)



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Des chercheurs de Sinovac Biotech, une société privée basée à Pékin, ont administré deux doses différentes de leur vaccin COVID-19 chez huit singes macaques rhésus. Trois semaines plus tard, à l'aide de tubes, le virus du SRAS-CoV-2 responsable du COVID-19, a été introduit par la trachée, dans les poumons des singes et aucun d’entre eux n’a développé d’infection.

Les singes ayant reçu la dose la plus élevée de vaccin ont eu la meilleure réponse: Sept jours plus tard, ils ne présentaient aucune trace du virus au niveau du pharynx ou des poumons.

Ceux ayant reçu les doses les moins importantes présentaient un «spot viral» mais ils semblaient également avoir contrôlé l'infection, rapporte l'équipe Sinovac dans un article publié le 19 avril sur le serveur de préimpression bioRxiv. En revanche, quatre animaux témoins ont développé des niveaux élevés d'ARN viral dans plusieurs parties du corps et une pneumonie sévère. Les résultats "nous donnent énormément confiance" sur le fait que le vaccin fonctionnera chez l'homme, déclare Meng Weining, directeur principal de Sinovac pour les affaires réglementaires à l'étranger.

«J'aime ça», explique Florian Krammer, virologue à l'École de médecine Icahn du Mont Sinaï, qui est co-auteur d'un rapport sur les nombreux vaccins COVID-19 en cours de développement. «C'est de la vieille école mais ça pourrait marcher. Ce que j'aime le plus, c'est que de nombreux producteurs de vaccins, également dans les pays pauvres pourraient fabriquer un tel vaccin. »



Quelques réserves

Mais selon Douglas Reed de l'Université de Pittsburgh, qui développe et teste des vaccins COVID-19 dans des études sur des singes, les expérimentations n'ont pas été menées sur un nombre suffisant de singes pour obtenir des résultats statistiquement satisfaisants.

Son équipe prépare une publication qui soulève des inquiétudes quant à la façon dont l'équipe Sinovac a augmenté le stock de nouveaux coronavirus utilisés pour tester les animaux: cela peut avoir causé des mutations qui le rendent moins proches de ceux qui infectent les humains.

Une autre réserve est liée au fait que le SARS-CoV-2 ne provoque pas, chez les singes, de symptômes aussi graves que ceux observés chez l'homme. Les chercheurs de Sinovac reconnaissent qu'«il est encore trop tôt pour définir le meilleur modèle animal pour étudier le SRAS-CoV-2», mais ils ont noté que les macaques rhésus non vaccinés présentaient des signes cliniques proches de ceux du Covid-19.

L'étude a également mis en évidence certaines inquiétudes selon lesquelles une protection partielle pourrait être dangereuse. Des expériences antérieures sur des animaux avec des vaccins contre les coronavirus apparentés qui causent le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) avaient révélé que de faibles niveaux d'anticorps pouvaient entraîner des réponses immunitaires aberrantes lorsqu'un animal recevait les agents pathogènes, renforçant l'infection et provoquant une atteinte des poumons. Mais l'équipe Sinovac n'a trouvé aucune lésion pulmonaire chez les animaux vaccinés qui ont produit des niveaux d'anticorps relativement faibles, ce qui «atténue les inquiétudes concernant l'amélioration du vaccin», dit Reed. "Cependant, il reste encore du travail à faire."



Un virus qui mute lentement

Le SRAS-CoV-2 semble muter lentement; même lentes, les mutations peuvent représenter un défi au vaccin. Dans des expériences in vitro**, les chercheurs de Sinovac ont mélangé des anticorps prélevés sur des singes, des rats et des souris ayant reçu le vaccin avec des souches du virus isolées de patients COVID-19 en Chine, en Italie, en Suisse, en Espagne et au Royaume-Uni. Les anticorps ont «neutralisé» puissamment toutes les souches, qui sont «largement dispersées sur l'arbre phylogénique», ont noté les chercheurs.


(**Note de Covidaily: In vitro fait référence à une technique permettant d'effectuer une certaine expérience dans un tube à essai, ou généralement dans un environnement contrôlé à l'extérieur d'un organisme vivant. La fécondation in vitro en est un exemple bien connu).

"Cela fournit des preuves solides que le virus ne mute pas d'une manière qui le rendrait résistant à un vaccin COVID19", a tweeté l'immunologiste Mark Slifka de l'Oregon Health & Science University. "Bon à savoir."


Essais cliniques en cours

Sinovac est un fabricant expérimenté de vaccins — il a commercialisé des vaccins viraux inactivés contre la maladie mains-pieds-bouche***; l’hépatite A et B; la grippe H5N1 ou la grippe aviaire. Selon Meng la production maximale de vaccin pourrait être d’environ 100 millions de doses et s’il s’avérait sûr et efficace lors des essais sur l'homme sa société pourrait avoir besoin de s'associer avec d'autres fabricants.


(***Note de Covidaily: La maladie main-pied-bouche est une infection contagieuse causée par le virus Coxsackie. Elle touche surtout les jeunes enfants, mais elle peut se manifester à tout âge.)

La société a récemment commencé des essais cliniques de phase I **** dans la province du Jiangsu, au nord de Shanghai, qui visent à évaluer la sécurité et les réponses immunitaires de 144 volontaires. Un nombre égal de participants recevra les doses élevées et faibles ou un placebo.


(****Note de Covidaily: Les essais cliniques sont divisés en 3 phases:

- Les essais de phase I correspondent le plus souvent à la première administration d'un médicament à l'homme. Les essais de phase I/II sont une variante des essais de phase I, ils permettent une évaluation préliminaire de l'efficacité à la dose sélectionnée ou bien de tester des combinaisons de médicaments. Ils incluent en général un petit nombre de malades (10 à 40). Ces essais visent principalement à étudier la tolérance au médicament et à définir la dose et la fréquence d'administration qui seront recommandées pour les études suivantes.


- Les essais de phase II, ont pour objectif de confirmer l’activité clinique préliminaire et/ou pharmacologique du médicament à la dose recommandée à l’issue de la phase I. Un nombre limité de malades est inclus dans ces essais (40 à 80 en moyenne). Certains essais de phase II comparent deux traitements.


- Les essais comparatifs de phase III sont destinés à comparer le nouveau médicament à un traitement standard afin de déterminer son efficacité. Les essais de phase III incluent plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de malades, et durent d'ordinaire au moins quatre à cinq ans, selon la pathologie et l'effet attendu. En fonction des résultats des essais de phase III, le promoteur pourra faire une demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM) qui permettra plus tard la commercialisation du nouveau produit.)


Selon Meng, bien que les placebos ne soient généralement pas utilisés dans les études de phase I - qui n'évaluent pas l'efficacité - cela peut aider à une meilleure évaluation d’effets secondaires dangereux provoqués. La société espère commencer à la mi-mai des études de phase II selon le même protocole mais recrutant plus de 1 000 personnes, les résultats étant attendus fin juin.

Si tout se passe bien, dit Meng, Sinovac cherchera à lancer des essais classiques d'efficacité de phase III qui comparent le vaccin avec un placebo chez des milliers de personnes. La société a également envisagé l'adhésion à des essais internationaux de vaccins organisés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Compte tenu du faible niveau de transmission actuel en Chine, la société envisage de multiplier les essais d'efficacité dans d'autres pays qui sont plus durement touchés par le virus. «Nous ne pouvons pas mettre tous nos œufs dans le même panier», explique Meng.

Selon Meng, pour obtenir rapidement plus de données sur l’efficacité après les essais de phase I et II et potentiellement aider les personnes, Sinovac peut demander aux agences de réglementation en Chine et dans d'autres pays une autorisation d'urgence pour administrer le vaccin aux personnes à haut risque d'infection, telles que les agents des douanes et les policiers qui ne portent généralement pas l'équipement de protection utilisé par les professionnels de santé.


La République démocratique du Congo a commencé en 2018 à utiliser largement un vaccin expérimental contre le virus Ebola sous ce statut et les preuves suggèrent qu'il a puissamment contribué à lutter contre cette épidémie. (Ce vaccin contre Ebola a reçu une approbation réglementaire pour la première fois en novembre 2019.




D'autres vaccins en cours d'essai

Selon l'OMS, six autres vaccins avaient fait l'objet d'essais chez l’homme au 23 avril et 77 autres étaient en cours de développement.


La grande majorité de ces vaccins utilisent les outils modernes du génie génétique ***** - seuls quatre s'appuient sur la technologie d'inactivation à l'ancienne - mais Meng dit que ce qui compte finalement est d’être sûr de l’innocuité et de l’efficacité du vaccin, et non la façon dont il est fabriqué. «Nous ne nous comparons à personne», dit Meng. «Dans cette situation de pandémie, le plus important est de fabriquer un vaccin, quel que soit son type, qui soit sûr et efficace dès que possible.»


(*****Note de Covidaily: Depuis de nombreuses années, des vaccins sont également produits dans des bactéries ou des cellules génétiquement modifiées. Il existe, à la surface des agents pathogènes, des protéines contre lesquelles le système immunitaire de la personne infectée forme des anticorps. Grâce à des manipulations génétiques (=génie génétique), il est possible d'introduire les gènes correspondants à ces protéines dans des bactéries ou des cellules, qui vont alors produire ces protéines de surface. Elles sont utilisables comme vaccins. Le vaccin contre le virus de l'hépatite B, par exemple, a été fabriqué de cette manière.)






L'intégralité de cet article est à lire dans Science

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