• Marion Vincent

Enjeux du développement d'un vaccin contre le Coronavirus.

Mis à jour : avr. 1


Le National Institute of Health (Maryland, USA) annonçait cette semaine le démarrage d’essais cliniques effectués par Kaiser Permanente concernant un vaccin contre le COVID-19 : le mRNA-1273. Les scientifiques estiment qu’il faudra au moins un an pour espérer qu’un vaccin soit disponible au grand public.

Afin de mieux comprendre les étapes cruciales dans le développement, les essais et la production d’un vaccin anti COVID-19, Sarah LaFave, candidate au doctorat PhD de la Johns Hopkins school of Nursing, s’est entretenue avec Ruth Karron, professeur au Department of International Health de la Bloomberg School of Public Health. Elle est le directeur et fondateur de la John Hopkins Vaccine Initiative (JHVI)et directeur du Center for Immunization research (CIR). La conversation a été revue pour plus de clarté.

Qui travaille actuellement sur le développement d’un vaccin anti-COVID19 ?

Plusieurs groupes travaillent aujourd’hui sur ce vaccin. Des technologies permettant d’accélérer son développement sont notamment utilisées, bien que pour l’heure nous ne sachions si elles vont fonctionner. Il est donc important, pour cette raison, que les différentes équipes travaillent sur plusieurs vaccins en parallèle.

Les scientifiques sont-ils encore loin du but ?

Le premier vaccin anti-COVID19 a été développé seulement 4 semaines après que les Chinois aient isolé la séquence génétique du virus. Ceci a notamment été possible parce que la Coalition for Epidemic Preparedness and Innovation (CEPI), mise en place il y a 3 ans, s’est aussi investie.

La CEPI est un partenariat mondial ayant pour mission spécifique d’ « accélérer le développement et la mise à disposition de vaccins contre les maladies infectieuses émergentes en situation de crise épidémique ». L’un des objectifs sur lesquels ils se sont concentrés a été de se préparer à l’apparition de la « Maladie X » : une maladie inconnue qui existerait dans le futur, pour laquelle nous n’aurions pas encore de vaccin. La CEPI a été créée pour appuyer le développement de nouvelles technologies qui pourraient, quel que soit l'agent pathogène, être susceptibles d’être utilisées pour le développement rapide d’un vaccin. Celles-ci permettent notamment de partir d’un séquençage génétique pour aboutir à un vaccin sans avoir besoin d’isoler le germe.

Le COVID-19 est cette « maladie X ».

On entend beaucoup parler du vaccin anti-COVID19 ainsi que de l’utilisation des antiviraux.

Quelle est la différence ? Quand pensez-vous que l’on puisse espérer qu’un vaccin ou un traitement antiviral voit le jour pour une utilisation grand public ?

C’est très délicat de se projeter. Nous saurons déjà d’ici environ 6 à 9 mois si l’on a un vaccin, mais tout le challenge réside dans le fait que la capacité de production soit d’envergure suffisamment importante pour combler les besoins au niveau mondial.

Développer et tester un vaccin est différent du développement d’un antiviral : celui-ci traite une personne effectivement infectée. Chez un sujet atteint du COVID19, l’administration d’un antiviral à des fins d’essai thérapeutique permet de conclure rapidement sur l’efficacité car l’effet est quasi immédiat. Pour un vaccin la réponse est, à l’inverse, retardée par la nécessité de suivre la réponse immunitaire. De plus, l’évaluation de sa réelle efficacité contre le développement de la maladie nécessite d’avoir suffisamment de personnes exposées de façon naturelle au virus.

C’est la raison pour laquelle les résultats des études concernant les antiviraux seront probablement publiés plus tôt que ceux concernant le vaccin.

Par ailleurs, certaines études semblent montrer qu’il pourrait exister des souches distinctes de SARS-CoV2. Rien n’est encore confirmé, mais si c’est le cas, il sera important de s’assurer que le vaccin développé montre la même efficacité quelle que soit la souche virale.


Quelles sont les clés pour la mise en place d’un vaccin sur le marché ?

La première étape est évidemment le développement du vaccin en lui-même. Il peut devoir passer dans certains cas (en fonction du vaccin et de la pathologie) par une phase de test sur les animaux. Puis, sous la supervision de régulateurs (The Food and Drug Administration aux US, ou organes de régulation équivalents dans les autres pays) et de comités institutionnels d’évaluation, le vaccin passe les différentes phases de l’essai clinique.

Il est en général testé en premier lieu sur un petit nombre de jeunes adultes en bonne santé, puis dans des groupes plus conséquents et aux tranches d’âge plus larges. Ils peuvent parfois aussi inclure des sujets ayant des pathologies sous-jacentes.

Le Center for Disease Control and Prevention (CDC) présente en ligne un bref récapitulatif des phases de test par lequel un vaccin en étude doit passer avant d’être validé.

Une fois l’innocuité et l’efficacité du vaccin démontrés, la mise sur le marché est une étape complexe qui représente un investissement conséquent sur le plan de la fabrication et de la distribution.

Dans les mois qui vont suivre, les experts dans le monde devront réfléchir et agir de façon adéquate pour que les bons investissements soient faits. Et nous devrons réfléchir et agir de façon adéquate pour déterminer qui doit être vacciné, et quand.

Vous vous souvenez peut-être de l’épidémie de 2009 ? Nous n’avions à ce moment pas suffisamment de vaccins pour couvrir les besoins et la décision de prioriser la vaccination des personnes à risque a été prise.

Aujourd’hui, nous faisons face à une maladie répandue à l’échelle internationale, et à ce titre interviennent les questions de justice et d’égalité face à l’accès au vaccin.


Existe-t-il une "voie express" qui pourrait être empruntée dans les situations critiques, comme celle dans laquelle nous sommes actuellement ?

Nous sommes déjà sur cette voie. Passer du séquençage génomique du pathogène à l’obtention de vaccins disponibles pour passer les essais cliniques en seulement quelques semaines est déjà un remarquable accomplissement. Cependant, il y a des aspects dans les essais qui ne peuvent en aucun cas être accélérés ou négligés : la réponse immunitaire développée suite à l’utilisation du virus ainsi que la preuve de son innocuité prennent du temps.

Ceci dit, dans le cas d’une situation d’urgence comme celle face à laquelle nous sommes, certaines étapes peuvent être allégées. La vitesse à laquelle on va progresser au travers des différentes étapes de test du vaccin sera donc influencée par le degré d’urgence de la situation dans laquelle nous sommes. Dans le contexte d’une pandémie, je sais que la progression sera rapide, mais aussi prudente que possible.



Quelle est selon vous la chose la plus importante que le grand public devrait savoir concernant le développement du vaccin anti-COVID19 ?


Les vaccins seront déterminants pour stopper la pandémie due au coronavirus - malheureusement, ils ne peuvent être mis en place du jour au lendemain.

C’est aussi très important de comprendre que sans un investissement majeur dans les technologies novatrices et la préparation à ce type de situation de crise, le développement rapide de vaccin n’aurait pas été possible.


En 2015, Stanley Plotkin, Adel Mahmoud et Jeremy Farrar ont publié un article dans le New England Journal of Medicine, dans lequel ils appelaient à la mise en place d’une structure telle que le CEPI pour soutenir la mise au point rapide de vaccins.

Beaucoup de vaccins actuellement en développement contre le SARS-CoV2 ont pu l’être car les chercheurs ont bénéficié de financements leur permettant de développer les technologies nécessaires à leur élaboration rapide.


Traduction depuis l'anglais : Marion Vincent

Article original

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