• Timothé Toulotte

Limites du système de tracking : Le cas Singapourien

Mis à jour : avr. 17

Plusieurs fois évoqués par le gouvernement Français, les applications et les systèmes de surveillance informatique ou de tracking ("contacts tracing") sont envisagés pour assurer le contrôle de l'épidémie. Au delà du débat sur les libertés individuelles, qu'en est-il de son efficacité ?


Retour sur le cas de Singapour, érigé en modèle, qui a fini par mettre en place un confinement à l'européenne malgré l'efficacité des méthodes de traçages numériques et non numériques de sa population. L'article est extrait de The economist, journal Britanique auto-défini comme "centriste"



ENCART DE LA RÉDACTION


Avant d'attaquer l'article, il nous a paru important de lister les mesures concrètes de traçage de contacts réalisées à Singapour :


1/ Une analyse "non numérique" : Questionnement approfondi de chaque patient détecté positif à l’hôpital sur les trajets et les rencontres effectuées les 14 derniers jours : Est-ce que le patient portait un masque ? Appels téléphoniques de chaque personne entourant le passager du vol dans un rayon de 2 sièges (après vérification du carnet de bord des avions), mise en quatorzaine immédiate pour toutes les personnes rencontrées asymptomatiques et hospitalisation pour les autres. Sanctions pour infraction à la mise en quarantaine : Six mois de prison, 4 500 euros d'amende et/ou fin de titre de séjour pour les étrangers.


2/ Une application non obligatoire sur téléphone : Cette application enregistre tous les contacts à moins de 2m entre les différents utilisateurs de l'application (à travers l'utilisation du réseau bluetooth du téléphone). Les données ne sont délivrées aux autorités que sur validation d'un code PIN au bon vouloir de l'utilisateur. En échange, l'application alerte l'utilisateur sur la positivité d'une personne rencontrée qui s'est signalée. Pour l'heure, seules 620 000 personnes l'ont installé sur une population de 5,6 millions. L'application est en open-source et est vouée à disparaître à la fin de la pandémie.


3/ Systèmes de surveillance numérique secondaires : Utilisation des numéros de cartes de crédit pour déterminer les groupes d'utilisateurs d'un même DAB et utilisation des enregistrements de caméras de vidéosurveillance. A priori, le gouvernement Singapourien n'utiliserait pas les données de géolocalisation des téléphones via les opérateurs téléphoniques. De mon point de vue, la précision de ce type de données de géolocalisation rendent les informations inexploitables dans les zones urbaines denses.


Sources : https://www.straitstimes.com/multimedia/a-guide-to-singapores-covid-19-contact-tracing-system

https://www.cnbc.com/2020/03/27/coronavirus-surveillance-used-by-governments-to-fight-pandemic-privacy-concerns.html



Contenu de l'article de The Economist :


L'efficacité du système de traçage de contacts de la cité-Etat n'a pas stoppé le virus.


"Aucun échappatoire", est inscrit sur la camionnette de lutte contre les nuisibles garée près de l'entrée du "s11 Dormitory @ Punggol", une résidence pour travailleurs migrants à Singapour. Son dédale de bâtiments bas et recouverts de métal abrite quelque 13 000 ouvriers, dont 63 ont été transférés à l'hôpital après avoir attrapé le Covid-19. Les autres font partie des 20 000 travailleurs migrants condamnés à rester dans des résidences fermées comme le "s11" pendant deux semaines pour arrêter la propagation du coronavirus. Confronté à un pic soudain de nouveaux cas, quasiment tous contractés localement (voir graphique), le gouvernement a décidé d'adopter des mesures beaucoup plus strictes pour ralentir la propagation du virus.


Pour la plupart des Singapouriens, le nouveau système, institué le 7 avril, ne sera pas aussi strict. Ils seront autorisés à sortir de chez eux pour acheter de la nourriture et des médicaments et pour faire de l'exercice. Ce «disjoncteur», comme l'appelle le gouvernement, restera en place pendant au moins un mois. Avant cette décision, les magasins et les restaurants étaient restés ouverts, même si les clients étaient censés rester à un mètre l'un de l'autre sans se regrouper à plus de dix personnes au même endroit. Même les bars avaient pu continuer, tant qu'ils servaient de la nourriture. Les écoles avaient également continué de fonctionner. Tout sera désormais fermé. Quiconque rencontre une personne avec laquelle il ne vit pas encourt une peine de six mois de prison, une amende de 10 000 dollars singapouriens (4 500 euros) ou les deux. Singapour, qui avait reçu les éloges de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), entre autres, pour son approche mesurée mais efficace du coronavirus, n'est plus en mesure de conserver un semblant de normalité.

Singapour avait pu adopter une approche moins draconienne en raison de son succès initial à contenir la maladie. Le 22 janvier, l'Etat a commencé par la prise de température des passagers aériens en provenance de Chine, la veille du jour où le gouvernement chinois avait mis fin aux vols en provenance et à destination de Wuhan. Peu de temps après, Singapour a commencé à interdire aux visiteurs les zones gravement touchées par le virus. Fin mars, le gouvernement avait déconseillé tous les voyages non essentiels à l'étranger, fermé ses frontières aux non-résidents et suspendu tous les services religieux. En parallèle, les équipes -efficaces- de traçage numérique, y compris des membres de la police et de l'armée, ont identifié et isolé des milliers de personnes potentiellement infectées par le virus. Les membres des forces armées ont passé jusqu'à 2 000 appels par jour pour rechercher des cas potentiels. Ceux qui ont été invités à rester à la maison pendant 14 jours ont fait l'objet d'un suivi assidu pour garantir le respect du confinement. (Les personnes non coopératives s'exposent à des poursuites ou à la perte de leurs titres de séjour s'ils ne sont pas citoyens Singapouriens.) Pourtant, malgré tout, le virus a continué à se propager. L'effort pour trouver et isoler les cas liés à l'épidémie initiale à Wuhan a été couronné de succès. Mais à partir de mars, alors que de nombreux Singapouriens sont rentrés chez eux en raison des restrictions contre la prolifération du coronavirus dans les autres pays, certaines infections sont clairement passées à travers les mailles du filet. D'où les nouvelles restrictions. "L'objectif important est d'appliquer des freins de temps en temps pour ralentir la dynamique de cette transmission", explique le ministre de la Santé, Gan Kim Yong. L’approche de Singapour continue d’évoluer. Prenons l'exemple des masques. Au départ, les Singapouriens ont été informés qu'ils n'avaient pas besoin de les porter, sauf en cas de malaise. Puis, le 3 avril, dans sa troisième allocution télévisée sur le covid-19, Lee Hsien Loong, le Premier ministre, a déclaré que le gouvernement encourageait leur utilisation et que des masques réutilisables seront distribués dans chaque foyer. Le système de dépistage de Singapour risque également de changer. Actuellement, les antécédents de voyage et les symptômes des personnes font partie des facteurs pris en compte avant de subir un test de dépistage du coronavirus. Mais les responsables de santé affirment que l'approche est réexaminée régulièrement et que des tests plus larges pourraient être adoptés à l'avenir. Le gouvernement n'a pas dit grand-chose sur la façon dont il pense que la pandémie se déroulera à Singapour. Contrairement à la Grande-Bretagne, par exemple, elle n'a pas partagé les modèles qu'elle utilise pour prédire le nombre de cas ou de décès. Singapour a une population relativement vulnérable par rapport aux normes de la région, car le virus présente un plus grand risque pour les personnes âgées et environ 10% des résidents ont plus de 65 ans. Les travailleurs migrants mis en quarantaine dans des dortoirs surpeuplés sont un autre groupe à surveiller. Et à mesure que le nombre de cas augmente, il devient plus difficile de retrouver les contacts des malades, ce qui entrave l’un des éléments de réponse les plus efficaces de Singapour. Une campagne de longue haleine contre le Covid-19 est en cours de planification. Les autorités ont l'intention de transformer des parties de Singapore Expo, un centre de congrès avec quelque 100 000 mètres carrés de surface au sol, en une installation de quarantaine pour la guérison des patients. L’un des quatre terminaux de l’aéroport de Changi suspendra ses opérations pendant 18 mois afin d’économiser les coûts d'exploitation, ce qui laisse penser que le gouvernement ne s’attend pas à ce que les voyages en avion se rétablissent pleinement avant longtemps. Un bon indicateur de la confiance des autorités dans la gestion de l'épidémie sera fourni par la date des prochaines élections. Elle devrait avoir lieu d'ici un an, et le bruit courait que le gouvernement envisageait des élections éclair avant que le coronavirus ne viennent chambouler les plans. La publication de nouvelles circonscriptions électorales le mois dernier a délié les langues. Il en a été de même avec l'introduction d'un projet de loi au Parlement le 7 avril pour garantir la sécurité des élections malgré le Covid-19. Entre autres mesures, la législation permettrait aux citoyens dont les déplacements ont été restreints pour des raisons de santé publique de voter depuis leur lieu de confinement. Avec les élections, comme avec le virus, le gouvernement de Singapour laisse peu de place au hasard.



Source The economist (traduite par votre serviteur) :

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