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Obésité: un des facteurs d'aggravation principaux. Explications et conséquences.

De nombreux patients admis en réanimation après avoir été infectés au Covid-19 souffrent d'obésité. Il s'agit de l'un des facteurs d'aggravation principaux de l'état de santé des malades les plus jeunes et ne présentant aucune autre pathologie. Mais comment expliquer ce lien entre surpoids et complications ?


Article de Marine Benoit, pour Science et Avenir



L'obésité, considérée comme l'un des facteurs aggravants du coronavirus, va-t-elle être responsable d'une hécatombe aux États-Unis ? C'est ce que redoutent de plus en plus de chercheurs outre-Atlantique. À la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, où la proportion de personnes obèses atteint un niveau particulièrement élevé par rapport à la moyenne nationale, le taux de mortalité lié au virus est deux fois plus élevé qu'à New York et quatre fois plus qu'à Seattle. Bien entendu, dans cet État du Sud, l'un des plus défavorisés du pays, d'autres facteurs peuvent expliquer ces chiffres alarmants : "Nous sommes simplement plus malades", déclarait il y a quelques jours Rebekah Gee, ex-secrétaire à la Santé de la Louisiane et directrice de la division des services de santé de la Louisiana State University. "Nous avions déjà d'énormes disparités en matière de soins de santé avant cette pandémie."



L'une des causes principales de complications chez les moins de 50 ans


Reste que l’obésité, qui touche selon les études épidémiologiques 39,8 % des Américains adultes, est placé en bonne position dans la liste des sources de complications du Covid-19. Plusieurs études récentes vont dans ce sens, tout comme les observations du personnel soignant sur le terrain. En France, le chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Bichat à Paris, Yazdan Yazdanpanah, assurait il y a quelques jours au Figaro que "plus de 80% des moins de 50 ans qui se trouvent en réanimation chez nous à cause du Covid-19 sont obèses". Au Royaume-Uni, même constat dans plusieurs établissements de la capitale : 72 % des personnes placées en soins intensifs sont en surpoids (avec un indice de masse corporelle IMC supérieur à 25) ou obèses, selon un rapport de l’Intensive Care National Audit and Research Centre de Londres. Quels mécanismes entrent donc en jeu chez toutes ces victimes obèses, tous âges confondus, du Covid-19 ? "C’est une bonne question, mais personne n’a de réponse à l’heure actuelle", répond à Sciences et Avenir Seiamak Bahram, chef du laboratoire d’immunologie du CHU de Strasbourg, spécialisé dans le suivi biologique des pathologies du système immunitaire et actif dans les recherches sur le SARS-CoV-2. Car si les suppositions sont multiples — l’obésité favorise elle-même d’autres comorbidités comme l’hypertension et le diabète, l'excès de poids entrave le bon fonctionnement du diaphragme et des poumons… —, elles ne restent que des suppositions. 


Une sur-inflammation permanente aggravée par le virus

Néanmoins, la piste d’une défaillance du système immunitaire chez les sujets obèses, les rendant très vulnérables au coronavirus, gagne en crédit chez les chercheurs. De nombreuses études ont d’ailleurs déjà démontré le lien entre la présence importante de cellules graisseuses et une sur-réaction inflammatoire. "On le sait désormais, beaucoup de patients obèses présentent un dysfonctionnement au niveau immunitaire", explique Frédéric Altare, immunologiste à l'Inserm à Nantes. "Lorsque nos cellules destinées à stocker les graisses — les adipocytes — se trouvent surchargées en gras, on a remarqué que des cellules du système immunitaire comme les macrophages pro-inflammatoires et les lymphocytes étaient attirées en grand nombre." L’inflammation est une réaction utile à l’organisme : c’est elle qui lui permet de se défendre de façon ponctuelle contre une agression. "Mais chez les personnes obèses, il y a comme un état d’alerte constant de l’organisme qui crée une sur-inflammation permanente." Dans le cas d’une personne obèse positive au Covid-19, le virus qui s’immisce dans les poumons ne pourrait faire qu’empirer une inflammation déjà présente. "Ce serait alors un cercle vicieux : ces patients qui ont déjà des capacités respiratoires affaiblies s’autodétruisent avec leurs propres lymphocytes. Rien que ce phénomène pourrait justifier les cas plus sévères", assure Frédéric Altare. "On constate chaque année le même genre de complications avec la grippe."


Des lymphocytes inhibés


En parallèle de l'induction de cette sur-inflammation préalable et aggravée, le chercheur évoque aussi une autre réaction possible de l'organisme, en lien direct avec la première : "Il a été montré que d'autres cellules de l'immunité — les cellules dendritiques et des lymphocytes appelés "helpers", armés pour cibler les agents infectieux —, voient leur activité fortement réduite dans certains cas d'obésité sévère, réduisant également la capacité intrinsèque de ces patients à lutter contre les virus." Il y aurait donc un effet doublement négatif à la surcharge en tissus adipeux : un niveau d'hyper inflammation déjà élevé et une capacité de réponse aux virus affaiblie.

Dans les services de réanimation où abondent les cas de Covid-19, l'une des conséquences directe de ces défaillances immunitaires est le sepsis. Autrement dit, une réaction inflammatoire généralisée à tout l'organisme et non plus localisée au niveau des poumons. "C'est ce que l'on voit chez les patients Covid les plus graves, ça part des poumons et ça atteint les autres organes. Car en plus de l'infection et de l'inflammation pulmonaire, les lymphocytes en surnombre vont répandre l'inflammation à travers tout le corps", termine Frédéric Altare.

En France, le ministère de la Santé a fait savoir que depuis le 18 mars, les personnes "présentant une obésité morbide, avec un indice de masse corporelle (IMC) égal ou supérieur à 40, et  constituant ainsi des sujets à risque" pouvaient demander à être mises en arrêt de travail.



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