• Timothé Toulotte

Scénarios de déconfinement "à tout prix"

McKinsey est un cabinet de conseil auprès des directions générales d'entreprises. Il fait partie des cabinets de conseil mondiaux les plus prestigieux, avec 16 patrons d'entreprises de plus de 2 milliards de dollars sortis de ses écuries. Sven Smit, président directeur de McKinsey Global Institute cosigne un article intitulé : "Safeguarding our lives and our livelihoods: The imperative of our time" (Sauver nos vies et conserver nos moyens de subsistance : L'impératif de notre temps). Il s'agit pour le cabinet d'étudier tous les scénarios de déconfinement en ayant un seul et unique but : Sauver le modèle économique en place en minimisant la mortalité.



L'objectif du cabinet se résume dans le schéma ci-dessous, il est question d'établir des comportements qui freinent la propagation du virus (aplatir la courbe de contamination) et d'œuvrer pour une situation dans laquelle la plupart des gens peuvent retourner au travail, aux devoirs familiaux et à la vie sociale (redresser la courbe du PIB).

Le cabinet estime que l'impact du confinement sur l'économie sera une baisse de 40 à 50 pour cent des dépenses discrétionnaires (dépenses de biens et de services non essentiels ndlr), ce qui se traduit par une réduction d'environ 10 pour cent du PIB, sans tenir compte des effets du deuxième et du troisième ordre. C’est non seulement sans précédent dans l’histoire moderne, mais c'était historiquement inimaginable jusqu’à présent. Avec 25% des ménages américains vivant sans trésorerie et 40% des Américains incapables de couvrir une dépense imprévue de 400 $ sans emprunter, l'impact d'un confinement prolongé est jugé catastrophique.


L'équipe du McKinsey Global Institute décrit ensuite l’impact de COVID-19 sur l’économie mondiale selon deux dimensions (résumé dans la figure ci-après) :


  • L'impact économique de la propagation du virus selon les caractéristiques du virus (modes et taux de transmission, taux de mortalité) et selon les mesures de santé publique (confinements, interdictions de voyager, éloignement physique, dépistages, suivi des contacts entre personnes, capacité hospitalière, introduction de vaccins et meilleures méthodes de traitement)


  • L'impact économique des effets induits par les mesures de santé publique (Hausse du chômage, fermeture et défaillances d'entreprises, défauts de crédit, baisse du prix des actifs, volatilité des marchés et vulnérabilités du système financier) et les réponses des politiques publiques pour atténuer ces effets d'entraînement (prévention des faillites généralisées, soutien des revenus des travailleurs en inactivité et protection des systèmes financiers)



Cas du scénario A3 :


Avec un peu de chance, la Chine connaîtra un ralentissement brutal mais bref et retrouvera relativement rapidement son niveau d'activité d'avant la crise. Alors que le PIB devrait fortement chuter au deuxième trimestre 2020, certains signes d'une vie normale reviennent à Pékin, Shanghai et la plupart des grandes villes en dehors du Hubei. Dans ce scénario, la croissance annuelle du PIB de la Chine pour 2020 finirait à peu près stable, annulant la croissance de 6% que nous attendions il y a seulement trois mois. Néanmoins, d’ici 2021, l’économie chinoise serait sur le point de retrouver sa trajectoire d’avant la crise, si elle n’était pas affectée par les évolutions dans le reste du monde.

Dans ce scénario, le virus en Europe et aux États-Unis serait contrôlé efficacement avec entre deux et trois mois d'arrêt économique. La politique monétaire et budgétaire atténuerait certains des dommages économiques avec quelques retards de transmission, de sorte qu'un fort rebond pourrait commencer après la maîtrise du virus à la fin du T2 2020. Cela placerait l'Europe et les États-Unis dans le scénario A3 ci-dessous :


Les auteurs de l'article estiment que même dans ce scénario optimiste, tous les pays connaîtraient une forte baisse du PIB au T2, dont la plupart serait sans précédent. Les dépenses de consommation dans la plupart des économies avancées représentent environ les deux tiers de l'économie, dont environ la moitié sont des dépenses de consommation non essentielle. Les données en temps réel suggèrent que les dépenses en biens durables (y compris les automobiles) dans les zones touchées par des fermetures pourraient chuter de 50 à 70%; les dépenses en vols et transports aériens pourraient chuter d'environ 70%; et les dépenses pour des services tels que les restaurants pourraient diminuer de 50 à 90% dans les villes touchées.


Si l'augmentation des dépenses publiques pourrait contribuer à compenser une partie de l'impact économique, cela ne serait pas suffisant. L'agence estime que les États-Unis pourrait connaître une baisse du PIB à un rythme annualisé de 25 à 30% au T2 2020; les principales économies de la zone euro devraient afficher des chiffres similaires. Le rythme de la baisse dépasserait de loin toute récession depuis la Seconde Guerre mondiale comme l'illustre la figure suivante :


Cas du scenario A1 :


Dans ce scénario plus pessimiste, la Chine se rétablirait plus lentement et aurait peut-être besoin d'endiguer des secondes vagues régionales du virus. Elle souffrirait également de la baisse des exportations vers le reste du monde. Son économie pourrait faire face à une contraction potentiellement sans précédent.

Les États-Unis et l'Europe pourraient également faire face à des résultats désastreux dans ce scénario. Ils pourraient ne pas endiguer le virus dans les 4 premiers mois de l'année et être forcés de mettre en place des mesures de distanciation physique et de quarantaine tout au long de l'été. Cela pourrait finir par produire une baisse du PIB à un rythme annualisé de 35 à 40% au T2, les grandes économies européennes enregistrant des performances similaires. La politique économique ne parviendrait pas à empêcher une forte flambée du chômage et des fermetures d'entreprises, créant une reprise beaucoup plus lente, même une fois le virus maîtrisé. Dans ce scénario plus sombre, il pourrait s'écouler plus de deux ans avant que le PIB ne revienne à son niveau d'avant le virus, plaçant l'Europe et les États-Unis dans le scénario A1 ci-dessous :


McKinsey juge que l'impact économique des scénarios A3 et A1 seraient sans précédent pour la plupart des personnes vivant aujourd'hui dans les économies avancées. Constatant que les pays d'Europe et des États-Unis n'ont pas encore pris de solides mesures de politique publique nécessaires pour contenir efficacement le virus, les auteurs de l'article lancent alors un appel à une action politique rapide et sans précédent visant une modification profonde des comportements sur le modèle asiatique :


  • Applications des règles strictes sur le modèle hospitalier. Votre supermarché pourrait-il fonctionner en toute sécurité avec ce genre de règles en place ?


  • Dans les usines de haute technologie en Chine aujourd'hui, chaque personne sans exception doit avoir réussi un test COVID-19. Que ressentiriez-vous à l'idée de monter dans un avion aujourd'hui, si vous saviez que chaque passager, membre d'équipage et agent d'entretien en contact avec l'avion avait tous un test négatif pour le virus ?


  • Certains restaurants sont déjà passés entièrement à la livraison à domicile, modifiant leur modèle commercial et leurs protocoles pour s'adapter au virus. Pourriez-vous exploiter votre propre entreprise de services en toute sécurité en adoptant de nouveaux protocoles ?


  • Mise en place de protocoles de confinement sur mesure avec différents niveaux de rigueur selon l'age, la ville ou le quartier. De tels protocoles dynamiques sont techniquement possibles. Les technologies modernes et l'analyse des données peuvent aider à suivre et à prévoir les niveaux de menace d'infection pour les segments et les zones de population vulnérables; les protocoles et les interventions de santé publique peuvent être ajustés dynamiquement pour fournir une protection adaptée.


Acceptabilité des mesures par la population :


Le cabinet de conseil estime que dans chaque pays, les gens devront travailler ensemble pour trouver des moyens d'appliquer des protocoles comportementaux qui correspondent à leur situation et circonstances spécifiques en précisant toutefois que le point de départ ne sera pas les normes sociales et sociétales antérieures à COVID-19 mais le confinement global actuellement en place.

S'ensuit alors l'exemple de Hong Kong où le gouvernement a étendu les tests COVID-19 à tous les passagers entrant sur le territoire permettant aux voyageurs asymptomatiques atteints de la maladie de se mettre soi-même en quarantaine à domicile. En raison du risque élevé de transmission ultérieure, Hong Kong oblige ces personnes à porter des bracelets électroniques pour les «géo-clôturer» chez elles. Le respect est imposé par la menace de longues peines de prison pour violations.

Les auteurs finissent par conclure sous forme de questionnement : Le monde peut-il travailler assez rapidement sur ces protocoles et pouvons-nous obtenir l'acceptation de la société pour les appliquer ? Si tel est le cas, nous devrions être en mesure de contrôler le virus, adoucir l'inévitable crise économique à des niveaux durables et protéger ainsi nos vies et nos moyens de subsistance. C'est un impératif.




Source originale en Anglais : https://www.mckinsey.com/business-functions/strategy-and-corporate-finance/our-insights/safeguarding-our-lives-and-our-livelihoods-the-imperative-of-our-time


Traduction intégrale de l'article en Français : https://8bb78405-dac1-4a25-9851-654e33837fa5.usrfiles.com/ugd/8bb784_acc922f3cb574247a6b37a3ce218106c.pdf


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